L’assurance collaborative

Les progrès numériques ont permis un essor sans précédent de l’économie collaborative et de l’assurance collaborative. Le troc, la vente, le prêt et le don sont devenus monnaie courante sur tous les circuits grâce à ces plateformes. Plus de 9000 startups portent aujourd’hui cette révolution sur un marché mondial estimé à plus de 15 milliards d’euros, et en forte croissance. Ces nouveaux modèles s’inscrivent dans un contexte de défiance à l’égard des acteurs institutionnels émaillant le système capitaliste traditionnel. Ils répondent également à un souci environnemental et social d’optimisation dans l’allocation, l’utilisation et le partage des ressources. La recherche du juste prix semble être également la devise de cette économie qui permet à ses usagers d’être plus « heureux en affaires ».

L’industrie de l’assurance a récemment pris le tournant de l’économie collaborative grâce à l’initiative d’une petite vingtaine de startups. Encore balbutiante, l’assurance collaborative commence à faire parler d’elle car elle offre une alternative séduisante à l’assurance traditionnelle. Cette dernière propose aujourd’hui des offres jugées peu lisibles, onéreuses et bien souvent peu crédibles. Ces modèles novateurs ont pris d’assaut les secteurs de la santé, de l’automobile et de l’immobilier. Ils jouissent aujourd’hui d’un certain succès… tant et si bien que les grands assureurs (Axa, Maif, Generali…) se mettent également à la page pour rester compétitifs (ex: Maif avec sa filiale Altima Assurances ou Generali qui s’est associé à la startup Otherwise). Pour en comprendre les ressorts il serait judicieux d’en saisir les grands modèles qui fondent cette « Insurtech ».

Le « grouping » de commandes à l’origine de cette révolution de l’assurance collaborative

Sur la logique du « qui peut le plus peut le mieux » chère à Groupon ou aux modèles dérivés, l’assurance collaborative aussi est partie de ce constat simple. L’achat groupé dans le domaine de l’assurance permet corrélativement de bénéficier de prix plus attractifs et de modéliser des produits adaptés à des communautés. Des ménages ayant un mode de vie similaire, des sportifs, des habitants d’un même immeuble peuvent ainsi se prémunir de risques similaires en négociant des assurances groupées. C’est la startup Bought By Many en Grande Bretagne qui semble avoir inspiré cette ingénieuse pratique.

Le rachat de franchise

Il s’agit pour les assurés de tirer profit d’une mutualisation des franchises au sein d’un groupe de ménages qui s’assurent mutuellement. Les cotisations sont agrégées pour supporter les franchises en cas de sinistre. La bonne conduite permet généralement au groupe de bénéficier de cotisations réduites. Cela génère une saine émulation mimétique et solidaire. La startup Wecover réplique ce modèle à la lettre dans le domaine de l’automobile qui se prête bien au rachat de franchise.

L’auto-assurance collective

Sur un modèle similaire à celui décrit précédemment, l’auto-assurance récompense une communauté ayant souscrit à un même contrat selon les sinistres occasionnés au sein du groupe. Plus le nombre de sinistre est faible, plus les bonus distribués sont importants. Ce modèle est bien souvent le fruit d’un mariage entre une startup et un assureur traditionnel. Le « pot commun » constitué par les usagers permet de couvrir les sinistres réguliers. L’assureur traditionnel prend le relais sur les sinistres plus importants que la cagnotte ne suffirait pas à couvrir. Le reliquat est in fine redistribué aux souscripteurs en fin d’année ce qui pousse également à une conduite responsable.

La blockchain ou l’assurance automatisée et désintermédiée

Encore à ses frémissements et rendue à un stade expérimental, la blockchain ambitionne de porter l’assurance collaborative à un niveau ultime. Elle attise déjà l’appétit des assureurs traditionnels. Par exemple, on peut mentionner l’investissement opéré par AXA de 55 millions dans la startup Blockstream. La blockchain permettrait grâce aux « smart contract » de se dispenser d’organes de surveillance et de tiers de confiance.

En somme, l’assurance collaborative offre une alternative significativement pertinente pour les usagers qui y souscrivent. Encore prématurée sur certains fronts légaux, elle impose aujourd’hui sa lame de fonds à toute l’industrie de l’assurance. Les années qui s’ouvrent sauront en témoigner…

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