Le crédit à travers les âges

Une brève histoire du crédit de l’antiquité à nos jours

Un premier crédit sans banque…

L’apparition du crédit remonte à l’Antiquité avec le Code d’Hammurabi (1780 av. J.-C.). Ce dernier introduit 150 règles relatives au crédit, au calcul de ses intérêts et aux garanties qui s’y rattachent. La monnaie n’est pas encore de mise car ces opérations de crédit reposent encore sur des objets. La monnaie frappée apparaît plus tardivement au VIIème siècle avant J.-C. en Asie Mineure. Ce nouvel étalon de valeur proliférera dans la Grèce Antique et durant l’Empire. Cette monnaie, selon Aristote, démontre la vertu d’être à la fois unité de compte et intermédiaire des échanges. En effet, elle évite l’inconvénient du troc qui est soumis à la double coïncidence des désirs. Cette situation où coexistent des banquiers sans banques va perdurer jusqu’au haut Moyen-âge. Le paradigme religieux porte jusque-là un jugement critique sur le prêt intéressé ce qui justifie la pratique répandue du troc.

C’est au XIIème siècle que les marchands lombards, ayant tiré fortune du commerce de céréales, commencent à pratiquer le prêt à intérêt dans un contexte incertain de croisades et de volatilité économique. Cette pratique s’institutionnalise à travers les guildes. Ces guildes incarnent l’ancêtre de la banque de détail que l’on connaît aujourd’hui. Cette activité perçue comme lucrative est rapidement convoitée par les grandes familles comme les Médicis ou les Fugger en Allemagne.

…A la nécessité d’un système institutionnalisé et régulateur

Les grandes découvertes au XVIème siècle, l’essor des échanges commerciaux au XVIIème siècle puis la révolution industrielle qui s’amorce dès la moitié du XVIIIème siècle sont propices à l’établissement d’un système bancaire affermi et hiérarchisé. Cette activité de crédit auparavant assurée par les riches familles bourgeoises devient très vite du ressort de l’état. Ce dernier intermédie à travers les banques, le prêt d’argent. Napoléon créée dès le début du XIXème siècle la Banque de France. Dans une logique un peu similaire, l’Angleterre adopte en 1844 le Banking Act qui entérine la nationalisation des banques centrales et octroie à l’Etat le monopole d’émission. Ces banques assureront ainsi un rôle majeur dans le développement industriel des pays leaders en ces temps grâce aux prêts qu’elles concèdent et leur capacité de financement de grands projets.

La crise de 29 qui se cristallise dans l’ensemble des économies développées au début du XXème siècle a frappé de plein fouet le système bancaire. Le crédit n’en est que pénalisé car les banques manquent de liquidités et sont en proie à une frilosité coercitive même si certains pensent que la « reprise est au coin de la rue ». 20 ans plus tard, la prophétie de Hoover est à l’honneur puisque ce sont trente années, autrement dénommées les 30 Glorieuses. Ces années seront le témoin d’une croissance économique sans précédent, soutenue par une accélération de la demande des ménages. L’émergence d’une classe moyenne et l’évolution des modes de consommation permettent l’apparition du crédit à la consommation et du crédit immobilier tels que nous les connaissons de nos jours.

Un retour à la désintermédiation et au troc sous l’impulsion des fintechs et de l’innovation ?

Le crédit a donc considérablement évolué, sous la férule des religions hostiles et l’œil hagard d’une bourgeoisie naissante. Ainsi, il est très vite devenu le fait d’une industrie à part entière que sont les banques. Mais aujourd’hui, les fintechs consacrent un retour massif à la désintermédiation du crédit avec une explosion du pear-to-pear lending. Le prêt peut, comme auparavant, être pratiqué entre particuliers et les intérêts perçus sont calculés grâce à une modélisation fine du risque d’insolvabilité. De manière presque hypothétique, l’essor notoire de l’économie collaborative pourrait très vite remettre le troc et la démonétisation des échanges au goût du jour. Il semble que ce soit déjà l’ambition que porte la startup Mutum, leader français du prêt entre particuliers.
Histoire des banques et du crédit