Comment se porte l’investissement aujourd’hui ?

C’est Harry Markowitz que revient la théorie du portefeuille moderne qu’il formalise en 1952. Selon l’économiste, chaque actif peut être représenté par un couple rendement / risque. Pour un rendement attendu, l’investisseur rationnel peut arbitrer entre différents portefeuille d’actifs et élire celui qui minimise le risque. Aujourd’hui, la multiplication des opportunités d’investissement complexifie considérablement l’équation. Un investissement peut générer des rendements élevés mais le risque encouru est parfois sous-estimé. De plus en plus de variables entrent en jeu dans l’arbitrage des opportunités d’investissement. Par voie de conséquence, l’homo economicus des temps modernes doit connaître les rouages des grandes tendances de l’investissement qui se dessinent aujourd’hui.

Un arbitrage orienté par des variables de plus en plus complexes…

Le choix d’un profil d’investissement vis-à-vis d’un autre ne se réduit pas au dualisme rendement / risque. La finalité de l’investissement est un première variable à appréhender. Un investissement défensif – i.e ayant vocation à protéger un capital – ne devra par exemple pas être liquide et spéculatif. La liquidité d’un investissement est également un critère de choix. Selon l’économiste J.-M. Keynes, la liquidité peut être motivée par 3 motifs (transaction, précaution, spéculation). En outre, la durée d’un investissement est un élément à intégrer dans son arbitrage. Un investissement de très long terme devra en effet prendre compte des effets d’inflation, des cycles structurels là où un investissement plus court-termiste devra se concentrer davantage sur la conjoncture économique. La garantie du capital doit aussi avoir sa place dans le choix d’un investisseur. Cette modalité a une incidence importante sur le risque encouru. La fiscalité qui s’applique aux revenus des investissements est un élément tout aussi primordial. Corrélativement, l’investissement est très souvent motivé par des stratégies d’abattement ou d’évitement fiscal. Le degré de complexité administrative, l’expertise requise, l’image, les externalités et retombées sociales… ce sont autant de variables qui militent pour la subtilité de cette science qu’est l’investissement.

Parmi des opportunités de plus en plus nombreuses…

L’essor des nouvelles technologies, la désintermédiation bancaire et l’internationalisation des économies ont participé à une démultiplication des produits d’investissement. Des pans entiers de la finance se sont ouverts aux particuliers. L’univers des placements et de l’épargne a réellement évolué au cours des dernières années. L’épargne bancaire n’offrant des rendements que très réduits, les fintechs ont pris le relais pour proposer des alternatives plus attrayantes.

Il est aujourd’hui possible de concéder des prêts directement à des particuliers ou des entreprises. Lendingclub ou Zopa proposent des prêts P2P. Similairement Bolden et Lendix permettent aux particuliers de prêter aux PME. Les particuliers peuvent également investir (en dette ou capitaux propres) dans des projets immobiliers avec des rendements promis d’au moins 8%. C’est le parti pris par des plateformes comme Immovesting ou Homunity. Par ailleurs, le capital-risque s’est également ouvert aux particuliers grâce au déploiement de plateformes à l’instar de Smartangels ou Sowefund. Ces particuliers peuvent investir dans des startups ou PME et devenir des Business Angels en herbe. La bourse s’est également massifiée dans l’usage en venant se loger dans la poche de chacun avec des applications comme Robinhood. Ces formes d’investissement restent risquées par nature mais se démocratisent indéniablement. Des modèles plus hybrides comme l’investissement en Royalties s’ouvrent également au grand public. C’est la mission que s’est donné la startup We Do Good. De nouvelles opportunités d’investissement se profilent enfin avec les cryptomonnaies comme le Bitcoin qui prennent une valeur considérable. Le Bitcoin a très récemment passé la barre symbolique des 2000$ et continue de susciter l’engouement des investisseurs 2.0.

L’épargne est-elle encore au goût du jour ?

L’épargne a toujours joué un rôle clivant dans la théorie économique. Tantôt considérée comme vertueuse, car au cœur du financement de la révolution industrielle à l’échelle macroéconomique, tantôt galvaudée car tenue responsable des crises de sous-consommation, l’épargne a émaillé la pensée économique du XXème siècle notamment avec l’avènement du paradigme Keynésien et les fluctuations économiques et politiques.

L’épargne au prisme de la pensée économique

Dans sa Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, J.-M. Keynes fait un procès à l’épargne qui grève la consommation. Or, « les hommes tendent à accroître leur consommation à mesure que leur revenu croît mais non d’une quantité aussi grande que l’accroissement du revenu. ». Conséquemment, il considère que la politique économique doit servir l’intérêt des classes moyennes et populaires qui ont une propension à consommer et à peu épargner plus importante. Par ailleurs il considère qu’elle induit un déséquilibre naturel car elle est une « fuite de revenu ». L’épargne est selon l’économiste la résultante d’imperfections de marché. L’argent est alors thésaurisé par précaution, par prévoyance et par spéculation.

Avec l’Histoire plus récente de la théorie économique l’épargne a fait peau neuve. Elle est un peu moins considérée comme un impact négatif sur la consommation mais est appréciée dans une logique patrimoniale. L’économiste Modigliani modélise un « cycle de vie » selon lequel la vie d’un agent oscillerait logiquement entre consommation, épargne et désépargne. Milton Friedman accrédite cette assertion en estimant que la consommation et la résultante d’un « revenu permanent ». Selon lui, les ménages calculent leur revenu permanent aussi sur leurs anticipations futures et leurs dépenses passées. L’épargne est alors une simple variable d’ajustement qui permet de lisser dans le temps la consommation des ménages.

L’épargne aujourd’hui : une réalité disparate qui échappe aux banques et profite aux opportunités de placement

Dans le sens commun, l’épargne peut revêtir plusieurs acceptations. Tout d’abord on parle d’épargne bancaire. Cette dernière fait référence aux placements plus ou moins liquides sur des livrets de banque. On trouve alors livrets A, PEL, livrets jeunes, etc… Aujourd’hui l’épargne bancaire a échoué dans sa mission de placement rentable et attractif. Les livrets d’épargne offrent peu de retour sur investissement alors que parallèlement des solutions de placements alternatives connaissent un essor notoire. Les taux d’intérêt rémunérant l’épargne bancaire sont historiquement bas. Au sens plus économique, l’épargne représente tout ce qui n’est pas consommé. Elle se traduit alors par des placements défensifs, dédiés à la thésaurisation ou la constitution de réserves. Les déterminants de cette épargne ne se résument pas aux taux d’intérêt. Il en va alors des déterminants endogènes et exogènes de la croissance qui impacte la consommation. En ce sens, il n’est pas si aisé de dire que l’épargne n’est plus au goût du jour.