L’épargne est-elle encore au goût du jour ?

L’épargne a toujours joué un rôle clivant dans la théorie économique. Tantôt considérée comme vertueuse, car au cœur du financement de la révolution industrielle à l’échelle macroéconomique, tantôt galvaudée car tenue responsable des crises de sous-consommation, l’épargne a émaillé la pensée économique du XXème siècle notamment avec l’avènement du paradigme Keynésien et les fluctuations économiques et politiques.

L’épargne au prisme de la pensée économique

Dans sa Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, J.-M. Keynes fait un procès à l’épargne qui grève la consommation. Or, « les hommes tendent à accroître leur consommation à mesure que leur revenu croît mais non d’une quantité aussi grande que l’accroissement du revenu. ». Conséquemment, il considère que la politique économique doit servir l’intérêt des classes moyennes et populaires qui ont une propension à consommer et à peu épargner plus importante. Par ailleurs il considère qu’elle induit un déséquilibre naturel car elle est une « fuite de revenu ». L’épargne est selon l’économiste la résultante d’imperfections de marché. L’argent est alors thésaurisé par précaution, par prévoyance et par spéculation.

Avec l’Histoire plus récente de la théorie économique l’épargne a fait peau neuve. Elle est un peu moins considérée comme un impact négatif sur la consommation mais est appréciée dans une logique patrimoniale. L’économiste Modigliani modélise un « cycle de vie » selon lequel la vie d’un agent oscillerait logiquement entre consommation, épargne et désépargne. Milton Friedman accrédite cette assertion en estimant que la consommation et la résultante d’un « revenu permanent ». Selon lui, les ménages calculent leur revenu permanent aussi sur leurs anticipations futures et leurs dépenses passées. L’épargne est alors une simple variable d’ajustement qui permet de lisser dans le temps la consommation des ménages.

L’épargne aujourd’hui : une réalité disparate qui échappe aux banques et profite aux opportunités de placement

Dans le sens commun, l’épargne peut revêtir plusieurs acceptations. Tout d’abord on parle d’épargne bancaire. Cette dernière fait référence aux placements plus ou moins liquides sur des livrets de banque. On trouve alors livrets A, PEL, livrets jeunes, etc… Aujourd’hui l’épargne bancaire a échoué dans sa mission de placement rentable et attractif. Les livrets d’épargne offrent peu de retour sur investissement alors que parallèlement des solutions de placements alternatives connaissent un essor notoire. Les taux d’intérêt rémunérant l’épargne bancaire sont historiquement bas. Au sens plus économique, l’épargne représente tout ce qui n’est pas consommé. Elle se traduit alors par des placements défensifs, dédiés à la thésaurisation ou la constitution de réserves. Les déterminants de cette épargne ne se résument pas aux taux d’intérêt. Il en va alors des déterminants endogènes et exogènes de la croissance qui impacte la consommation. En ce sens, il n’est pas si aisé de dire que l’épargne n’est plus au goût du jour.

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