Investir autrement : retour aux sources

Nos médias font une promotion incessante de l’investissement dans les titres immobiliers, les produits dérivés ou les sociétés. L’essor des crypto-monnaies est une attraction tout aussi notoire. Pourtant, ces placements exigent un tant soit peu d’expertise et de familiarité avec le métier de l’investissement. Les rendements sont parfois élevés mais au prix d’une exposition au risque significative. Les répercussions de ces investissements sur l’économie ne sont par ailleurs pas toujours intuitifs.
Certains placements déjouent les règles de cette finance quantitative et peu matérielle tout en conservant des rendements attrayants. Il est en effet possible d’investir son argent dans les forêts, la production laitière, l’eau ou les matières premières. Outre la simplicité de leurs mécanismes sous-jacents, ces investissements sont généralement soumis à une fiscalité incitative. Regardons de plus près quelques exemples.

Investir dans les forêts ou faire feu de tout bois

En dépit des incendies récents qui ont frappé les domaines forestiers du Var, l’investissement dans les forêts mérite d’être connu. Il s’agit pour le souscripteur d’investir dans un Groupement Foncier Forestier qui procède à l’achat des massifs. Le Groupement aura pour mission d’exploiter cette forêt pour générer des revenus grâce à la coupe et la vente du bois ainsi que les loyers de la chasse et de la pêche. Cet investissement bénéficie d’une fiscalité très favorable. En effet, l’investisseur pourra jouir d’avantage successoraux (75% de la valeur transmise), d’exonération d’ISF (50% de réduction) et de réduction d’impôt sur le revenu (18% du montant investi). Enfin, cet investissement confère une éthique certaine car participe au reboisement et incite à une exploitation rationnelle des massifs.

Investir dans le lait ou faire le pari des vaches grasses

Un investissement qu’on espère “vachement” rentable, investir dans les cheptel peut offrir des rendements de 4 à 5% par an. L’investisseur participe à l’achat des vaches par l’intermédiaire d’une coopérative. Ces vaches sont ensuite louées à l’éleveur qui, en échange d’un salaire, gère l’élevage et l’exploitation du cheptel. Les ventes du lait et des génisses garantissent une rente permanente aux investisseurs. Le troupeau se renouvelle rapidement avec les naissances. Chaque année l’investisseur a le choix de vendre les génisses ou d’étoffer son troupeau. Si l’on fait fi des crises laitières, cet investissement reste une source de diversification de ses placements. Selon l’Association Française d’Investissement en Cheptel, la France compte plus de 30 000 vaches en location dans près de 900 fermes.

Investir dans l’eau ou élire un placement liquide

Devant l’angoisse d’un stress hydrique, l’eau est devenu l’apanage des investisseurs. On entend parler d’or bleu pour désigner cette denrée à l’origine des denrées. Ce marché estimé à plus de 500 milliards de dollars sur les 30 prochaines années est un terrain fertile pour l’investissement. Selon une étude de RobecoSAM, le taux de croissance annuel moyen de ce marché avoisinerait les 6% sur les années à venir. L’investissement dans l’eau est à ce jour peu organisé ou du moins intermédié par des titres d’entreprise ou des placements bancaires. Côté entreprise, Suez et Veolia s’octroient la part du lion sur ce marché et leurs titres sont sensiblement corrélés à la valeur prêtée à l’eau. Les banques offrent de plus en plus de produits en lien avec la chaîne hydraulique. C’est le cas du Crédit Agricole avec son fonds Eau ou encore BNP PARIBAS AQUA. Il est fort à parier que des nouveaux procédés d’investissement verront le jour dans la veine de ce “pétrole de vie”.

Les matières premières en tout genre sont ainsi sujettes à l’investissement. Les placements ne sont pas toujours efficacement organisés, mais devant l’inquiétude croissante à l’égard de la finance de masse, les marchés et ultimement les ménages cherchent de plus en plus des placements responsables et compatibles avec une certaine éthique (d’environnement par exemple).

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Mieux comprendre les crises financières en parcourant l’histoire

Les crises économiques ont toujours préoccupé la pensée économique. D’origines agricoles ou frumentaires jusqu’à la fin du 18ème siècle (selon C.-E. Labrousse), ces crises font peau neuve dès le début du 19ème siècle et mettent en jeu des mécanismes de plus en plus complexes. Les entités institutionnelles sont dorénavant incriminées. Par exemple, Milton Friedman considère la crise de 1929 comme une résultante des erreurs de politique économique aux Etats-Unis. La Federal Reserve System aurait en effet procédé à une contraction de la masse monétaire entre 1929 et 1933, ce qui a eu pour double effet de provoquer une déflation et une contraction de l’activité. Les banques également jouent le rôle de catalyseur dans ces marasmes, et ce, dès la fin du 19ème siècle. C’est du moins ce qu’illustrent les faillites en cascade des institutions Jay Cook & Co., de l’Union Générale puis de la Barings à cette période.

Ces crises d’un genre nouveau atteignent leur paroxysme dans la crise des Subprimes dont nous peinons aujourd’hui encore à sortir. Comment éclatent-elles ? Comment se propagent-elles ? Pour comprendre le rouage de ces crises financières localisées ou globales, nous nous arrêterons sur quelques exemples peu connus de notre Histoire mais riches en enseignement.

La Crise des trusts de 1907 aux Etats-Unis , un exemple marquant de l’effet domino de la faillite

À New-York, les trusts (ou sociétés fiduciaires) étaient des institutions chargées d’administrer les patrimoines et les successions des clients fortunés. Les trusts étaient moins régulés que les banques nationales et avaient des obligations de réserve et de liquidités moindres qu’elles. La panique de 1907 commença par la disparition de Knickerbocker trust qui fit faillite après une spéculation en bourse importante et mal menée. En deux jours, une dizaine de trusts firent faillite, déclenchant une contraction du crédit et une chute de la Bourse. Cette crise est symptomatique de l’exposition parfois déraisonnée des institutions financières et des problématiques de maillage propre à nos crises contemporaines.

La Crise de la dette mexicaine en 1982, un phénomène corroborant les dérives d’une dérèglementation financière mal maîtrisée

Entre 1980 et 1982 la dette extérieure du Mexique augmente de façon spectaculaire. En 1982 on dénombre 550 banques créancières du Mexique. À la suite du retournement de la politique monétaire américaine en 1979, le cours du dollar et les taux d’intérêt s’envolent, et le Mexique ne peut plus faire face à ses engagements. Par conséquent l’économie mexicaine entame une récession du fait du rapatriement des capitaux étrangers. La crise se propage aux autres pays d’Amérique Latine, puis à l’échelle mondiale : le Mexique, le Brésil et l’Argentine avaient une dette vis-à-vis des banques américaines qui représentaient à elle seule 135 % du capital de ces banques. Cette crise est emblématique de l’atonie dans laquelle sont enferrées certaines économies européennes.

La Crise asiatique de 1987, soulève les problèmes d’opacité et d’asymétries d’information

Le 2 juillet 1997, les autorités thaïlandaises décident de laisser flotter le baht car sa parité avec le dollar n’était plus tenable, celui-ci connaissant une forte appréciation. Ceci créant la panique parmi les investisseurs, une chute de la confiance a entraîné un retrait massif des capitaux. La crise s’est propagée dans les différents pays de la zone (Philippines, Malaisie, Indonésie…) qui connut une dépréciation des taux de change et une chute du cours de ses actions. La crise asiatique était peut être considérée comme une crise de la finance privée. Quand les monnaies se sont laissées flottées, les investisseurs étrangers ont rapatrié leurs capitaux. Ceci a empêché les banques de rembourser leur dettes. Cette situation a engendré une crise des liquidités ; les banques ont été dans l’incapacité de financer l’économie. Cette crise souligne les carences de transparence qui peuvent exister entre les différents acteurs d’une économie en développement.

Ces problèmes d’opacité sont aujourd’hui monnaie courante et jouent un rôle important dans le déclenchement des crises. Ces dernières doivent nous servir de leçon et inviter les dirigeant est les institutions à une prudence constructive.

L’assurance collaborative

Les progrès numériques ont permis un essor sans précédent de l’économie collaborative et de l’assurance collaborative. Le troc, la vente, le prêt et le don sont devenus monnaie courante sur tous les circuits grâce à ces plateformes. Plus de 9000 startups portent aujourd’hui cette révolution sur un marché mondial estimé à plus de 15 milliards d’euros, et en forte croissance. Ces nouveaux modèles s’inscrivent dans un contexte de défiance à l’égard des acteurs institutionnels émaillant le système capitaliste traditionnel. Ils répondent également à un souci environnemental et social d’optimisation dans l’allocation, l’utilisation et le partage des ressources. La recherche du juste prix semble être également la devise de cette économie qui permet à ses usagers d’être plus “heureux en affaires”.

L’industrie de l’assurance a récemment pris le tournant de l’économie collaborative grâce à l’initiative d’une petite vingtaine de startups. Encore balbutiante, l’assurance collaborative commence à faire parler d’elle car elle offre une alternative séduisante à l’assurance traditionnelle. Cette dernière propose aujourd’hui des offres jugées peu lisibles, onéreuses et bien souvent peu crédibles. Ces modèles novateurs ont pris d’assaut les secteurs de la santé, de l’automobile et de l’immobilier. Ils jouissent aujourd’hui d’un certain succès… tant et si bien que les grands assureurs (Axa, Maif, Generali…) se mettent également à la page pour rester compétitifs (ex: Maif avec sa filiale Altima Assurances ou Generali qui s’est associé à la startup Otherwise). Pour en comprendre les ressorts il serait judicieux d’en saisir les grands modèles qui fondent cette “Insurtech”.

Le “grouping” de commandes à l’origine de cette révolution de l’assurance collaborative

Sur la logique du “qui peut le plus peut le mieux” chère à Groupon ou aux modèles dérivés, l’assurance collaborative aussi est partie de ce constat simple. L’achat groupé dans le domaine de l’assurance permet corrélativement de bénéficier de prix plus attractifs et de modéliser des produits adaptés à des communautés. Des ménages ayant un mode de vie similaire, des sportifs, des habitants d’un même immeuble peuvent ainsi se prémunir de risques similaires en négociant des assurances groupées. C’est la startup Bought By Many en Grande Bretagne qui semble avoir inspiré cette ingénieuse pratique.

Le rachat de franchise

Il s’agit pour les assurés de tirer profit d’une mutualisation des franchises au sein d’un groupe de ménages qui s’assurent mutuellement. Les cotisations sont agrégées pour supporter les franchises en cas de sinistre. La bonne conduite permet généralement au groupe de bénéficier de cotisations réduites. Cela génère une saine émulation mimétique et solidaire. La startup Wecover réplique ce modèle à la lettre dans le domaine de l’automobile qui se prête bien au rachat de franchise.

L’auto-assurance collective

Sur un modèle similaire à celui décrit précédemment, l’auto-assurance récompense une communauté ayant souscrit à un même contrat selon les sinistres occasionnés au sein du groupe. Plus le nombre de sinistre est faible, plus les bonus distribués sont importants. Ce modèle est bien souvent le fruit d’un mariage entre une startup et un assureur traditionnel. Le “pot commun” constitué par les usagers permet de couvrir les sinistres réguliers. L’assureur traditionnel prend le relais sur les sinistres plus importants que la cagnotte ne suffirait pas à couvrir. Le reliquat est in fine redistribué aux souscripteurs en fin d’année ce qui pousse également à une conduite responsable.

La blockchain ou l’assurance automatisée et désintermédiée

Encore à ses frémissements et rendue à un stade expérimental, la blockchain ambitionne de porter l’assurance collaborative à un niveau ultime. Elle attise déjà l’appétit des assureurs traditionnels. Par exemple, on peut mentionner l’investissement opéré par AXA de 55 millions dans la startup Blockstream. La blockchain permettrait grâce aux “smart contract” de se dispenser d’organes de surveillance et de tiers de confiance.

En somme, l’assurance collaborative offre une alternative significativement pertinente pour les usagers qui y souscrivent. Encore prématurée sur certains fronts légaux, elle impose aujourd’hui sa lame de fonds à toute l’industrie de l’assurance. Les années qui s’ouvrent sauront en témoigner…